Résidence d’artiste

Le Festival Les Carnets a invité en résidence, du 12 juin au 1er juillet 2018, Natacha Guiller, auteure et plasticienne. Elle a été accueillie au Relais des Artistes, mis à disposition par la municipalité de La Roque d’Anthéron. En plus des animations prévues avec les écoles de La Roque d’Anthéron, en amont et pendant le festival, Natacha Guiller a mis en place des projets pour tous les publics du Festival.

Retrouvez son aventure à La Roque d'Anthéron sur son blog

Les Oiseaux de La Roque

Dispositif artistique participatif ouvert à tous qui a eu lieu en amont et pendant le Festival Les Carnets (3 édition) du 29 juin au 1 juillet 2018 à la Roque d’Anthéron. Le principe était de confectionner des oiseaux porteurs d’une “musique intérieure”, thème retenu pour le festival cette année, grâce à un patron d’origami disponible en ligne. L’oiseau confectionné est porteur d’un message ou d’un dessin sur une face, à l’image de cette partition personnelle.

La fresque-répertoire

En parallèle au dispositif “Les oiseaux de la Roque”, une “fresque répertoire” collective et participative a été élaborée. Elle s’est construite en amont du festival, à l’Office du Tourisme de La Roque d’Anthéron, puis déplacée sur la Place de la République lors du festival. Tout le monde a pu contribuer à cette archive vivante, en déposant tout élément faisant écho à la musique intérieure (dessin, poème, découpage, collage, objet léger, souvenir, photo...). Des enfants des écoles ont également participé à la “fresque répertoire” lors d’ateliers de création en amont du festival.

LE JOURNAL DE BORD DE NATACHA

Quelques pages de ses carnets... qui ont également été exposées pour l'exposition collective Du carnet à l'oeuvre.
Retrouvez-les en intégralité sur le blog de Natacha.


Quelques photographies, poèmes et dessins produits lors de son séjour en résidence à La Roque d'Anthéron...

 

Plus de photographies des arbres du Château de Florans

LES ARBRES DE FLORANS

 

Quelle effroyable beauté en promenade dans le parc à clinique, rentrer tête dans les arbres, ombragée partielle par de grandioses aïeuls, platanes et séquoias, ensemencés du siècle. J'explore baladeuse, observe la peau de bêtes d'écorce militaire. Ce qui me troue sont leurs creux d'estomac, l'évide intérieur, aride et percé, rongé, tissé de toiles, grignoté des microcosmes. Ces arbres majeurs dessinent en leurs rides la bosse de l'usure, la fatigue du temps, les piétinements inscrits alentours du tronc scindé. Repoussant, arborécifs de nervures à fibrome, kystes végétaux aux excroissances diantre surnaturelles, décrédibilisent les lois de la Nature. Ces grands ducs à ramage touffu abritent corneilles et harpies qui, en maîtresses, prescrivent à l'allée découverte. Des arbres centenaires dysphasiques, tus des décennies, hébergent en leurs souches la distorsion géhenne de l'épine, peuplés d'entrée de gui d'orifices perçants, où s'invitent séjournent migrants, maints énergumènes parasites. Ces arbres contrits, sans queue ni tête, ne prient trêve à la défiguration, aux expériences chirurgicales, opèrent entravent vers la membrane, dessous la sève, le bois, transitent nerveux, vénaux, fous. Les pousses en bourgeons s'égarent labyrinthiques dès l'horizon promu aux insaisissables secousses sismiques. La terre craquelle au point hachereau de seigneurs enracinés, vidés de leurs tripes, renflés, sertis de proéminentes charlottes soupeuses et verrues capitonnées. Frôler ces arbres si grands et si frêles, pendus verts penchés sur ma personne, à hauteur d'yeux, me regardent sans feindre, sans faillir, juste souffler feuillage, sans juger la silhouette guillerette, mobile, s'insinuant au sentier magistral. Observer, plantureuse, le spectacle ordonnancé déclinant vers les cieux, s'approcher à l'oreille, le nez, les yeux, éclore en miroir dans l'écorce échinée s’ébréchant, le naufrage. La peau des arbres m’obsède, m'absorbe, geins scanne dans ma tête le gamma chromatique, les fils et lianes rampant, les feuilles ocre séchées, les fourmis grouillent, la bave qui brille, les croûtes suspendues, les toiles de pollen, brindilles fendillées, la mousse dégrade, le lierre collier enserrant étrangle les branches, les fougères en ruisseau s'éjectent d'étroites ornières. La peau ondule et fissure dans les plis du vent, depuis la terre trémulée. Les racine impudiques se dénudent au bitume, des mottes de sable, gisent dément kaolin, en un éclair, jusqu'aux fusibles d'oiseaux riant planqués dans les pétales malachites, d'anis, de cuivre et de roux. Les arbres piaulent au soleil, quartaniers, abritant nos peaux, des moindres, je respire, dans l'austérité du chemin de traverse que j'arpente solitaire. Immanente, l'immensité des bois résistants, fractionnés de l’histoire, des passagers loups, pluie et ventes des hommes dissipés, des tiges tournicotées pour se pendre. L'allée des platanes, des séquoias repentis de Florans, bien désolée à cette heure, caducs morfondent au clavier, latents répertoires annuels. Les patients secourus, sinon cloître de la tour, d'un donjon en coffrage, n'égaient à point nommé lierre en convalescence, le lieu arboré à six milles la promenade de santé.