Ils sont partout…

Cette nouvelle rubrique a pour but de recenser l’utilisation de carnets dans les arts (littérature, cinéma, arts visuels), les sciences, et plus largement dans la vie.
Elle n’est absolument pas exhaustive – ils sont partout !
Totalement subjective.
Elle vient enrichir la liste des carnets présentés durant les précédentes éditions du Festival Les Carnets.
Vous pouvez y contribuer en nous envoyant vos découvertes (une courte note par exemple ou une photo) ou vos propres réalisations, par email à festivalcarnets@gmail.com ou par courrier. Pour les publications, n’hésitez pas à nous adresser un exemplaire de livre ou tout autre cahier qui pourra être admiré de visu, chroniqué puis qui viendra enrichir la bibliothèque du Festival Les Carnets  : Association Les Carnets Ancienne Mairie – Place de la République – 13640 La Roque d’Anthéron- France.

Littérature
Carnet de notes
 de Pierre Bergounioux

Ce jeudi 13 septembre, les éditions Verdier publient la riche correspondance entretenue entre Pierre Bergounioux et l’écrivain et traducteur Jean-Paul Michel pendant plus de trente ans, entre 1981 et 2017 : Pierre BergouniouxJean-Paul Michel, Correspondance 1981-2017 – Collection jaune – Avec des reproductions de documents et des fac-similés d’originaux.

Cette parution est aussi une belle occasion de lire le quatrième volume du Carnet de notes de Pierre Bergounioux, fascinante chronique du quotidien de l’écrivain corrézien, tenue du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2015.

On pourra aussi commencer par son premier opus car Pierre Bergounioux tient ses carnets depuis 1980. Leur publication régulière nous aura donc fait parcourir trente-cinq années de son existence.

Beau défi pour l’écrivain né à Brive-la-Gaillarde en 1949 qui note au jour le jour le fil de son quotidien – chaque volume représentant environ mille pages sur papier bible !

Carnet de notes est le journal d’un homme en quête de clarification qui s’obstine à consigner les faits : le temps -celui qui lui manque mais aussi le temps qu’il fait et dont il rend compte chaque jour « Debout à six heures, ciel voilé » -, la maladie, vieillesse, la peur de la mort, son travail acharné d’écrivain, de professeur, de sculpteur, ses lectures, ses trajets quotidiens, ses soucis ménagers, sa vie de famille…

A l’image de Charles Juliet et de tous les grands diaristes, Pierre Bergounioux ne dit pas tout, mais il livre quand même beaucoup. A découvrir donc cette fascinante chronique de la vie ordinaire d’un homme qui ne l’est pas.

Cinéma
L’effet aquatique
 de Solveig Anspach, Jean-Luc Gaget

Une comédie de Solveig Anspach, Jean-Luc Gaget
avec Florence Loiret-Caille, Samir Guesmi, Didda Jonsdottir

Samir, grutier à Montreuil, est amoureux d’Agathe, maître-nageuse, qu’il suivra jusqu’en Islande où se déroule le congrès annuel des maîtres-nageurs. Là, il sera idolâtré par tous les participants (sauf Agathe) en tant qu’inventeur du concept Together (un projet de piscine israélo-palestinienne). Malheureusement, il y perdra aussi la mémoire suite à une électrocution. Mais il gagnera autre chose… Un film, drôle et poétique.

Extrait du carnet bleu de Samir dans le quel il écrit  » ses mémoires » :

Reboute= Maurice Thorez
J’étais raide dingue amoureux d’Agathe ?
Je sais nager la brasse.
Emile Van den Broek est mort.
On s’est embrassé sur le plongeoir.
Mentir.Together Project.

Illustration
Carnet de voyages
 de Loustal

Auteur de BD et illustrateur, Jacques de Loustal est aussi globe-trotteur. Il rapporte de ses périples des carnets de dessins style graphiques et poétiques publiés en recueils depuis 1990 (d’abord aux éditions du Seuil puis aux éditions de la Table Ronde, avec « Dessins d’ailleurs » et « Esprits d’ailleurs »). Site de Loustal

Illustration
Carnet de bord
 d’Emmanuelle Jamme

On l’attend toujours avec impatience, le dernier carnet de bord d’Emmanuelle Jamme (Juillet-août 2018) est à feuilleter en ligne pour revivre la canicule sans transpirer à grosses gouttes…
L’ensemble de ses carnets (2002 à 2017) sur le blog de Tamponades.

Littérature
Vita Nova solo, carnet d’une traversée
de Marcelline Roux

Vita Nova solo, carnet d’une traversée de Marcelline Roux avec Jean-Gilles Badaire

Ça commence par une dégringolade. A la fin d’un repas, 25 ans de vie de couple tombent soudain de la table et se brisent en morceaux qui ne s’ajusteront plus. Vita Nova solo est le carnet d’une reconstruction. Faisant avec ce qu’elle a – avec ce qu’elle est –, la narratrice ajuste 567 fragments dépareillés : bribes de pensées, expériences quotidiennes, lectures, images, mais aussi aphorismes décapants et éclats de rires, le tout somptueusement rehaussé des encres de Jean-Gilles Badaire.. Tout est bon pour tenir debout dans la Vita nova. Paru le 15 septembre aux éditions Rhubarbe.

En littérature
Faune et flore du dedans 
de Blandine Fauré

Puis tu avais eu cette impulsion mystérieuse, dont j’ignorais encore quelle allait bouleverser mon existence tout entière. Tu avais évoqué l’existence de tes carnets.  (p 104 éd. Arléa)  

Ce n’est que cinquante pages plus loin – maîtrise du suspens -, qu’apparaît une enveloppe d’où la narratrice sortira des dizaines de carnets format poche. Elle en distillera le mystérieux contenu jusqu’à la fin du roman. Dont on ne manquera pas de relire le début tant il est adroitement construit. Ce premier roman de Blandine Fauré est une belle réussite. L’histoire d’amour pourrait-être banale et tous les malheurs des personnages un peu excessifs si l’auteur n’avait choisi un contexte fascinant, la forêt amazonienne, et surtout si elle ne faisait preuve d’un style magnifique pour les décrire (l’amour et la forêt). La construction est très intelligente avec, entre autres, ces notes de carnets à la fois utilisées pour raconter l’intimité d’un personnage, mais aussi comme outil de correspondance avec l’être aimé. Il ne manque plus que l’herbier, mais tout, de l’évocation des carnets, des dessins et photos de la narratrice, en passant par la forme du roman avec ces définitions en début de chapitre… nous le laisse imaginer.

En littérature et au cinéma
Noa Noa 
de Paul Gauguin

Editions de l’Aube

En 1891 Paul Gauguin part à Tahiti. Fasciné par la culture polynésienne, il en rapportera plus de 70 tableaux. Et un journal, Noa Noa, véritable carnet de voyage du peintre qui était aussi excellent écrivain. Si vous êtes frustré du manque d’illustrations de ce journal intime, voir le très beau film d’Édouard Deluc « Gauguin-Voyage de Tahiti » avec Vincent Cassel. Ou vice et versa. Se faire une toile puis lire le carnet. Et partir dans les îles…

En littérature
Les Yeux Brodés 
de Pauline Sauveur

« Les yeux brodés » de Pauline Sauveur : un livre comme un carnet en 15 chapitres, entre traversée et journal, prose et poésie. On y croise un chantier, la liste des courses et celle des questions, et aussi l’un ces étranges navires que sont les brises-glaces et même un carnet jaune… Comme l’écrit Laurent Herrou dans sa très belle préface, « rencontrer Pauline Sauveur, sa voix, son écriture, c’est comprendre peut-être, ne serait-ce qu’une fois, que l’écriture ne se lit pas seulement : elle s’entend, elle se dit, elle vous parle, elle te parle. »
Et cette couverture ! Aussi belle, étrange et surprenante que l’écriture de Pauline Sauveur, née en 1971 à Helsinki. Ecrivaine, photographe et architecte, elle allie photographie et textes dans ses publications et réalise des installations poétiques, qui questionnent le quotidien, l’intimité, la relation au corps, à l’espace et au territoire. Les yeux brodés, Editions Jacques Flamentcollection Marges.

En littérature
Journal Pauvre 
de Frédérique Germanaud

La Clé à Molette éditions

Un Journal Pauvre… qui nous s’enrichit. Frédérique Germanaud nous avait fait l’honneur de nous en livrer quelques pages lors du dernier festival Les Carnets de La Roque d’Anthéron ; son dernier livre « Journal Pauvre » vient de paraître aux éditions la clé à Molettes.

Tenu pendant une année sabbatique, Journal pauvre interroge ce qu’est subsister sans salaire et se consacrer à l’écriture. Cueillette, glanage, troc, affût des bonnes occasions : une économie de la main à la main s’organise, pour que vivre ne soit pas seulement survivre et que cette expérience de pauvreté soit libre et sereine.

Une tentative pour habiter autrement le monde, vécue et écrite avec la belle sensibilité de Frédérique Germanaud.

Au cinéma
Un homme idéal 
de Yann Gozlan

Dans ce film sorti en 2014, tout commence avec la découverte d’un très beau carnet de cuir. Mathieu, rêve de devenir un auteur célèbre mais en attendant, il déménage les maisons de personnes décédées. C’est ainsi qu’il tombe sur ce « journal d’un appelé » écrit pendant la guerre d’Algérie. Puisque son roman « Un homme de dos » ne convainc pas les maisons d’éditions (NDLR : il aurait mieux fait d’écrire « Un pianiste vu de dos »), il recopie et signe sans vergogne ce journal et l’intitule « Sable noir ». Le début de ses ennuis ! Et Yann Gozlan n’aura pas la main légère pour les accumuler et forcer le trait. C’est dommage, car il y a dans ce film beaucoup de thèmes intéressants sur l’acte d’écriture, l’inspiration, le plagiat, etc. Enfin, on se rince au moins les yeux avec Pierre Niney en homme idéal (drôle de titre, L’écrivain idéal n’aurait-il pas été mieux approprié ?). Et aussi, au début, avec ce très beau carnet empli d’un texte manuscrit et de dessins et dont on regarde, avec effroi, les pages finirent dans les flammes. Heureusement, ce n’est que du cinéma.